vendredi 24 mars 2017

Nous avons agi contre les violences faites aux femmes




Tous les deux jours et demi, une femme meurt victime de son conjoint dans notre pays. 122 sont ainsi décédées sous les coups en 2015. Elles étaient 118 en 2014. 6 % des femmes âgées de 18 et 59 ans font encore, en France, au XXIe siècle, l’objet d’injures sexistes régulières. 2,5 % en moyenne, sont annuellement la cible d’agressions physiques et 1,5 % déclarent avoir subi un viol ou une tentative de viol.

Ce tableau glaçant des actes de violences verbales, physiques et psychologiques perpétrées à l’encontre des femmes ne constitue de surcroit qu’une évaluation a minima, le différentiel entre la réalité et le déclaratif sur ce type de faits étant -chacun le sait- très important. Le sentiment de honte qui domine les victimes et la tendance à minorer la gravité de ce type d’agissements sont toujours bien présents.

Bien sûr, la société française a opéré la nécessaire prise de conscience de l’ampleur de ces phénomènes, qui appellent à une vigilance de tous les instants. Je me réjouis que le quinquennat et la législature qui s’achèvent aient été marqués par de nombreuses avancées, pour œuvrer au recul de toutes les formes de violences faites aux femmes, pour mieux aussi protéger les victimes.

Trois lois ont permis de concourir très directement à ce combat. Deux textes sont ainsi venus s’attaquer très concrètement aux faits de violences et aux agissements sexistes, en milieu professionnel et dans l’espace public, avec notamment un durcissement des sanctions à l’égard des auteurs. La loi sur le harcèlement sexuel, la première adoptée durant cette législature dès le mois de juillet 2012. Un volet spécifique de la loi travail promulguée au mois d’août 2016 y est aussi consacré.

La loi du 4 août 2014 relative à l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a également constitué un apport d’importance à ce combat, par un ensemble de dispositions concrètes pour accompagner les victimes de violences conjugales. Parmi celles-ci figurent notamment la simplification du recours à l’ordonnance de protection -mesure d’éloignement du conjoint violent- qui peut désormais être mise en place sans dépôt de plainte. 3 000 ordonnances de cette nature ont été délivrées en 2015, soit une augmentation de 43 % par rapport à 2011. Ce texte a également généralisé le téléphone portable « grave danger », qui faisait l’objet d’une expérimentation depuis 2009 en Seine-Saint-Denis. Il s’agit d’un dispositif de télé-protection, délivré par le procureur de la République à une victime de violences conjugales et permet un accès direct aux services de secours.

Parce que beaucoup reste à faire et afin d’inscrire dans la durée les actions engagées depuis cinq ans, la ministre des Droits des Femmes Laurence Rossignol vient de présenter un plan national de lutte contre les violences faites aux femmes pour la période 2017-2019. Celui-ci prévoit le déblocage de 125 millions d’euros supplémentaires, 4 900 places d’hébergement d’urgence nouvelles dédiées aux victimes et le renforcement des formations à l’égard des professionnels pour mieux détecter et accompagner les cas les plus graves. Il faudra poursuivre dans cette voie.

mardi 14 mars 2017

Lutter contre les déserts médicaux





La lutte contre les déserts médicaux est un combat qui concerne très directement notre territoire, le département de la Seine-Saint-Denis souffrant tout à la fois d’une sous dotation en professionnels et structures de santé et d’un faible taux d’installations nouvelles, qui ne permet pas de compenser l’actuel mouvement massif de départs à la retraite des médecins libéraux notamment.

Cette situation est alarmante et elle est de nature à susciter d’autant plus l’inquiétude, qu’elle pénalise bien souvent en premier lieu des populations déjà éloignées des soins, dont les besoins en santé sont très importants.

Voilà pourquoi, je veux rappeler la politique de long terme que nous avons menée depuis le printemps 2012, afin de faire face au déficit de démographie médicale et paramédicale qui touche les zones rurales, mais aussi des secteurs plus urbains et les quartiers populaires.

Notre action s’est appuyée sur les pactes territoires santé 1 et 2, déclinés tout au long du quinquennat, ainsi que sur les dispositifs de la loi de modernisation de notre système de santé, adoptée au début de l’année 2016.

Concrètement, elle a permis en cinq ans la création de 900 maisons de santé pluri professionnelle -dont une à Clichy-sous-Bois en 2014 (photo)-, la signature de 1 800 contrats d’engagement de service publics (par lesquels des étudiants en médecine s’engagent à exercer dans des zones où l’offre médicale fait défaut) et de 800 contrats de praticien territorial de médecine générale qui ouvrent droit à une aide à l’installation.

Par ailleurs, le déploiement de 580 médecins correspondants du Samu a permis à un million de personnes supplémentaires de bénéficier d’un accès aux soins d’urgence en moins de 30 minutes et le numerus clausus a été augmenté dans les régions à très faible densité médicale.

Pour amplifier les résultats obtenus grâce à ces efforts et maintenir un maillage médical étroit, à l’heure où le médecin demeure par endroit le dernier interlocuteur d’une population qui se sent déjà abandonnée et marginalisée, la ministre des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine vient d’annoncer un renforcement des moyens dédiés à la lutte contre la désertification.
Les critères de sélection des zones bénéficiant d’aides à l’installation vont désormais intégrer les besoins de soins en fonction de l’âge des habitants, le temps d’accès par la route vers le médecin le plus proche, le volume d’activité des médecins et leur âge moyen, afin de faire des prévisions utiles sur les départs en retraite. Ces nouveaux éléments, plus qualitatifs, vont avoir pour effet de doubler la part de la population couverte par ce type de dispositif et donc de faire reculer significativement les inégalités d’accès aux soins sur le territoire national.

En complément et en concertation avec les représentants des professionnels de santé, des patients et des élus, les Agences régionales de santé -compétentes en matière d’organisation des soins à l’échelle des territoires- vont s’engager dans une démarche d’anticipation,  en identifiant les zones qui ne constituent pas à l’heure actuelle des déserts médicaux, mais dont la situation pourrait s’aggraver rapidement en l’absence de mesure forte, visant notamment à compenser les nombreux départs en retraite attendus.

Nous avons donc agi pour combattre et prévenir ces carences, identifiées pourtant de très longue date sans que nos prédécesseurs ne s’en soient véritablement préoccupés. Je forme le vœu que chacun ait à cœur d’inscrire cette démarche dans la durée, au-delà du quinquennat qui arrive à son terme. Car les politiques publiques destinées à corriger les erreurs du passé ne peuvent être limitées par le temps d'un mandat.

jeudi 9 mars 2017

Va-t-on un jour regarder enfin de près le programme de Marine Le Pen ?




Je n’ai jamais fait partie de ceux qui considèrent qu’il soit satisfaisant intellectuellement et efficace politiquement de combattre le Front national en affichant du mépris envers ses électeurs.

Peut-être parce que je vis au milieu d'eux, je ne réduis pas au rang d’abominables racistes les femmes et les hommes qui décident -un jour ou plus durablement- de porter leur voix sur le parti de la famille Le Pen.

Je ne les prends pas de haut, en leur prêtant un comportement « au ras les pâquerettes ».

Pour moi, ces citoyens, comme une grande majorité de Français, sont pour la plupart en recherche d’une offre politique leur apparaissant davantage en phase avec leurs attentes, quand les acteurs traditionnels de la vie publique leur semblent déconnectés de leurs préoccupations quotidiennes, trop affairés à résoudre leurs batailles d’appareil ou leurs démêlés avec la justice.

Face à cette représentation caricaturale qui prend malheureusement chaque jour plus d’ampleur, le Front national parvient à donner l’image d’un possible renouveau, alors qu’il s’agit sans doute de la formation la plus condamnable pour ses pratiques, la plus nuisible pour son projet, la plus dangereuse pour la démocratie.

Parce que j’aime mon pays, parce que je veux le meilleur pour ses habitants, je ne puis me résoudre à accepter la progression constante de cette imposture empoisonnée qu’est le Front national.

J’invite donc tous ceux qui sont tentés par l’expérience frontiste -et je sais qu’ils sont nombreux- à prendre connaissance du contenu précis du programme de Marine Le Pen, dont elle a enfin détaillé récemment « 144 engagements ».

Je ne m’attarderai pas sur l’absurdité financière de ce projet, qui n’affiche pas l’ombre d’un début de piste pour expliquer comment seront concrétisées les mesures tout aussi coûteuses qu’extravagantes qui fleurissent à chaque page. Demain on rase gratis est un refrain traditionnel des campagnes électorales et l’extrême droite n’est malheureusement pas la seule à verser dans ce travers, même si elle pousse le bouchon encore plus loin que tous les autres.

Dans le même esprit, je laisse de côté les formules les plus vagues, qui font toujours plaisir à lire, auxquelles on ne peut que souscrire, mais qui s’apparentent davantage à des lapalissades qu’à des propositions innovantes et concrètes. Là encore, la méthode n’est pas inédite et j’ai toujours eu du mal à comprendre comment les électeurs pouvaient se satisfaire de déclarations d’intentions de ce type.

Ce qui me frappe le plus, c’est l’absence de scrupule à balayer l’héritage de deux siècles de construction démocratique. Avec le projet de Marine Le Pen, c'est clairement l’indépendance de la fonction publique, de la justice, de la presse, qui sont mises en cause. Au nom de quoi le peuple français pourrait-il l’accepter ? 

Quant aux propositions économiques, leur mise en oeuvre condamnerait la France à l’isolement, à l’anéantissement de son rayonnement et de son influence sur la scène internationale et européenne. Elles dévasteraient le pouvoir d’achat des classes populaires et des classes moyennes.

Je déplore que personne ne semble aujourd’hui décidé à mettre ces sujets-là -les seuls qui comptent véritablement- sur la table, afin que chacun puisse se prononcer en avril, mai et juin, en toute connaissance de cause.

Il est encore temps. Après, il sera trop tard pour pleurer.